Identité de l’auto et ses propriétaires

 

Identité de la voiture

La plaque d’identification (avant restauration et après), vissée dans le faux capot, permet de vérifier sur le moteur et le châssis que les numéros sont bien les mêmes et détermine le moment de production du véhicule. Une autre plaque était normalement vissée sur une autre partie fermée par un des capots. Notre Simca porte bien les trous pour recevoir les vis mais je n’y ai jamais vu la plaque qui devait porter des indications de lubrification.

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Sur le bloc moteur, deux numéros existent. Celui gravé sur le haut du bloc est le n° de série correspondant à celui figurant sur la plaque dans le faux capot. Un autre, fondu dans la masse, en bas du bloc, correspond à une référence de fonderie.

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Sur les deux photos suivantes, le n° de châssis (014696), identique à celui sur la plaque. et, en dessous de cette dernière, le n° de carrosserie (14513)

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Les propriétaires du véhicule

Jacques Dayez m’avait indiqué qu’en ayant le n° d’immatriculation originel, il était possible, en s’adressant aux archives départementales, de retrouver les différents possesseurs de la voiture. Le n° 8140 QN 1 fourni, 1es archives départementales de la Savoie m’ont répondu par l’envoi d’un mail avec un scan du registre des immatriculations recensant tous les possesseurs de cette Simca 5. Ils ont été trois en tout, dont mon grand-père en dernier lieu.

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C’est Pascal Lapoléon qui m’a fait le mail en question. Je le connaissais, ainsi que son frère, quand j’étais au lycée et ensuite à l’université ; ceci par l’intermédiaire de son cousin, Frédéric Tournier, mon meilleur copain du lycée Monge. Ma grand-mère paternelle connaissait ce dernier lorsqu’il était enfant, sa mère ayant été, comme elle, institutrice au Biollay.


Un propriétaire de courte durée

Georges Ernest Joseph Henry, troisième d’une famille de quatre enfants, nait le 10 mai 1906 à au 55 faubourg Montmélian, à Chambéry. Son père, Pierre Ernest Henry, est arbitre de commerce puis avoué ; sa mère, Marie-Jeanne Compagnon, est sans profession. Au moment de la naissance de Georges, un Joseph Henry, limonadier de 62 ans, peut-être son grand-père, était là. J’ai tiré la plupart de ces données de l’acte de naissance de Georges (Registres d’état civil (1881-1937) et tables décennales (1903-1932) de l’arrondissement de Chambéry – Série 3E 4235 – actes n° 167, folio 43 conservé aux Archives départementales de la Savoie)

Après ses études au lycée de garçons, Georges entame sa carrière de photographe à Paris avant de revenir à Chambéry. Pendant plusieurs années, il travaille à l’atelier du photographe Lanson, rue Sommeiller. Le 24 octobre 1931, à Chaville, en Seine et Oise (actuels Hauts de Seine), il épouse Brigitte Hermance Pinorini, avec laquelle il ouvre un magasin de photographies, au 77 rue du Faubourg Montmélian en 1939, à la veille de la guerre.

Deux ans auparavant, le 8 juillet 1937, Georges Henry, effectivement référencé comme photographe domicilié faubourg Montmélian, immatricule une Simca 5 découvrable dont il est le premier propriétaire. Chose très surprenante, il le sera très brièvement puisque le 8 août de la même année, l’auto a changé de main et que son second propriétaire, Constantin Ros, la déclare en Préfecture.

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Quant à Georges Henry, il rentra dès 1942 dans la Résistance, ce qui lui vaut d’être arrêté par la Gestapo et interné au Fort Montluc à Lyon. Après la guerre, estimant n’avoir fait que son devoir, il refuse toute décoration et mène conjointement ses activités de photographe et de reporter correspondant au Dauphiné Libéré. Il reste surtout connu pour ses photos du bombardement de Chambéry qui sont notamment reproduites dans Après le bombardement de Monique Dacquin et Claude Preiss, publié par les Amis du vieux Chambéry. C’est d’ailleurs Monique Dacquin qui m’a fourni ces informations et la photo que lui a transmis la fille de Georges Henry.

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Gymnaste accompli et actif supporter du SOC section rugby, c’est aussi un mélomane averti, grand amateur d’Art, accueillant chez lui des artistes. Parmi ses nombreux amis figurent notamment des écrivains savoyards tels que Henry Planche, Jean Mercier dit Jean de Vienne ainsi que Jean Bertolino.

Il meurt de maladie le 7 mars 1973 à Lyon.

 

Le conducteur était une conductrice !

Le deuxième propriétaire de l’auto fut Constantin Ros, médecin, domicilié à Modane. Voila les informations que François Chemin, maire de Fourneaux, m’en livre au travers d’un mail et de l’ouvrage tiré de son mémoire de Maîtrise qu’il m’a donné : Les élections dans le canton de Modane 1919-1939 :

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Constantin Ros se présente aux législatives du 26 avril 1936. Il fait sa « promo » dans le Haut Mauriennais du 18 avril.

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Originaire d’une famille d’émigrés espagnols, il naît le 18 juin 1890 à Constantine, d’où son prénom.  Ancien combattant de la grande guerre où il a passé 48 mois, il y fût blessé 2 fois et en revint avec la médaille militaire et la croix de guerre, avec 5 citations. Pour ses états de service, il sera fait, en juillet 1938, Chevalier de la Légion d’Honneur ; un article du Haut Mauriennais du 8 juillet, retranscrit par Claudine Théolier, responsable du Museobar – musée de la frontière (Modane, Savoie), relate les actes de soldat du Dr Ros qui ont conduit à cette remise de décoration :

Le docteur Ros, conseiller général, est fait Chevalier de la Légion d’Honneur
L’heureuse nouvelle de la promotion du Docteur Ros dans l’ordre de la Légion d’Honneur, à titre militaire, au Grade de Chevalier, nous parvient télégraphiquement de Paris.
Elle comblera de joie le cœur de tous ses amis innombrables en Savoie et celui de tous les habitants de la vallée de la Maurienne et du canton de Modane en particulier.
Nous nous faisons un devoir et un plaisir, dès la première heure de cette distinction, d’adresser à notre ami le Docteur Ros nos félicitations les plus vives et bien sincères.
Les états de service militaire du Docteur Ros sont d’un tel éclat que nulle attribution de croix ne parait mieux méritée.
Parti volontaire en 1914 le sous aide major Docteur Ros est mobilisé comme zouave au 3e régiment bis de Zouaves où il est successivement voltigeur, brancardier, infirmier, médecin auxiliaire et médecin sous-aide major. En toutes circonstances et dans tous ces postes il se montre soldat remarquable et d’une exemplaire bravoure. Méprisant le danger, il est le plus bel exemple pour les hommes qui l’entourent, qui connaissent son courage et qu’il soigne avec cet esprit de camaraderie qui lui est naturel et qui le fait apprécier et aimer profondément de la troupe et de ses chefs.
Deux fois blessé, en Champagne en avril 1917 et le 1er juin 1918 à la bataille de Reims, il refuse chaque fois de se laisser évacuer et obtient sur son insistance sa réaffectation immédiate à son bataillon.
Cinq citations dont deux à l’ordre du Corps d’Armée viennent le récompenser d’une telle abnégation et d’un tel héroïsme. Toutes ces citations seraient à reproduire en entier, ce sont des pages sublimes où à chaque ligne sont gravées les vertus de bravoure, de sang-froid et de courage du médecin auxiliaire Ros, qui modestement devient le vivant exemple du bataillon. Et c’est ainsi que sa première citation à l’ordre de la 4e Armée traduit en termes élevés « La leçon de sang-froid et de courage » que les actes du Médecin Auxiliaire Constantin Ros sont pour ses frères d’armes.

Le Docteur Ros a marqué le canton de Modane des années 30 aux années 50 puisqu’il en fut conseiller général de 1934 à 1958, d’obédience radical – radical-socialiste, et également élu municipal à Modane. 

En tant que médecin, il a marqué son époque par sa générosité : docteur des pauvres, il ne faisait pas payer les nécessiteux. Très populaire, d’où la rue à son nom à Fourneaux. Sans faire référence à une auto en particulier, François Chemin déclare « il ne conduisait pas et c’est sa femme qui faisait chauffeur et l’attendait de longues heures durant les consultations à l’extérieur ». Ce fait est corroboré par une des archives personnelles de Claudine Théolier. Une lettre de dénonciation du SOL (le Service d’Ordre Légionnaire est une organisation politique et paramilitaire du régime de Vichy ouverte aux membres de la Légion des Volontaires Combattants) accuse la femme de C. Ros de faire de la propagande (de gauche) lorsqu’elle conduit son mari voir ses patients. D’ailleurs, ce même courrier dénonçait aussi le grand-père de Claudine Théolier comme gaulliste défaitiste. Sale époque ! comme elle le dit.

Dans le cadre de son activité professionnelle, le Docteur Ros contracta une maladie de la peau à cause de son exposition aux rayons X des radios qu’il faisait passer aux nombreux immigrants italiens contrôlés en gare de Modane.


Mon grand-père, Philippe Bayet, arpenteur des routes de Savoie

En achetant cette Simca 5 à la veille de la seconde guerre mondiale, Philippe Bayet acquiert sa première auto et fait rentrer le moteur à explosion dans la famille. Il aura par la suite d’autres Simca (Aronde, 1300, 1100) et sa dernière voiture sera une Volskwagen Golf I.

En tout cas, il a roulé avec la 5 plus de quinze ans, au moins jusqu’en 1955 d’après les renseignements à ma disposition, passant à l’occasion d’un système d’immatriculation à un autre. D’abord immatriculée 8140 QN 1, elle deviendra en janvier 1955 la 753 AS 73. Des notes sur la 2e de couverture de la notice d’entretien nous apprennent que le 15 septembre 1955, il fait faire un réalésage, l’embiellage et les paliers, les flectors, fait changer l’huile de boite et un autre travail (que je ne parviens pas à lire) chez son copain Guillemau, à Chambéry.

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Cette auto changea sa vie, celle de sa famille et de ses parents. Elle permis de réaliser les trajets entre Chambéry (son domicile et bureau professionnel) et les environs d’Arinthod (origine de la famille de sa femme et de son propre père, dans le sud du département du Jura) plus rapidement et plus fréquemment qu’auparavant. Avec cette Simca, il ralliait aussi régulièrement le lieu de résidence et de travail de sa femme, institutrice, avec laquelle vécu son fils, Alain (mon père), jusqu’à ce qu’il quitte l’école primaire.

Simca floue

la Simca de mon grand-père

La carrière de ma grand-mère l’entraîna parfois assez loin de Chambéry, à l’échelle des vitesses de déplacement de cette époque : Longefoy sur Aime en Tarentaise, Panses Durieux sur la commune de Presles, au dessus de La Rochette. Ensuite, elle obtint une affectation plus proche de Chambéry : l’école de Saint Jean de Chevelu avant que d’être nommée à Chambéry, à l’école du Biollay, puis de terminer sa carrière à l’école de la place Caffe (elle avait commencé sa carrière à Viriat, dans l’Ain, puis à Saint Alban-Leysse).

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Son auto a été aussi l’instrument de travail de mon grand-père (que l’on voit ci-dessus) pour se déplacer sur les chantiers où il devait se rendre. Il conduisit la 5 dès les débuts de sa jeune carrière de géomètre ; la rapidité pour se rendre sur place, la facilité de transport des instruments de mesure furent une indéniable commodité par rapport à ce que connaissait son père, lui aussi géomètre puis géomètre expert. Ce dernier devait voyager en train, à pied, certainement aussi en empruntant des fiacres, diligences, charrettes et cars.

Les travaux cités ci-après se sont faits pour certains à l’époque de sa Simca 5, d’autres non.

En Savoie, Philippe Bayet traça notamment des routes. Mon père et moi ne savons pas lesquelles, sauf une. Cette route (à l’origine forestière) s’élève au dessus de l’extrémité sud du lac du Bourget, depuis la commune du Bourget du Lac jusqu’au relais TV situé à 1500 m., sur la crête de la chaîne de l’Epine. Là haut, elle faisait la jonction, sur l’autre versant, avec la vieille piste qui mène à Vacheresse.

Il fit de nombreuses délimitations de parcelles, mais n’étant pas géomètre DPLG, il ne faisait que les relevés sur le terrain, ne pouvant établir et signer les documents d’arpentage, exclusivité des géomètres experts.

Pour l’implantation de bâtiments, il a dû au moins travailler pour la cimenterie Chiron. Il a fait des relevés pour leur carrière d’extraction de pierres et en calculait le cubage. Il a aussi travaillé au tracé du tunnel de liaison (2 à 3 km) entre la carrière et l’usine proprement dite, ouvrage destiné à se substituer au transport par wagonnets aériens qui existait depuis l’origine. Mon grand-père avait raconté à mon oncle que, lors de la jonction des deux perforateurs, chacun des deux engins cassa une bouteille de Champagne.

Mon grand-père a aussi travaillé au tracé de galeries, principalement d’alimentation en eau de barrages EDF (barrage du Mont-Cenis, d’Entre Deux Eaux, d’Averolle, Plan des Nettes). Pour d’autres barrages, il fit divers travaux, en particulier des relevés de terrain (barrages de Bissorte, Saint Guérin, Plan d’Amont, Plan d’Aval, de la Coche et surtout Roselend, etc.). Ces travaux pour les barrages se sont principalement faits durant les années 1950 et 1960.

Autour de l’année 1953, il a aussi fait des relevés pour le percement de galeries à la mine de la Serraz, près du Tremblay, qui alimentait en lignite la papeterie-cartonnerie de la Serraz, deux propriétés du marquis de la Serraz.

Il a aussi travaillé en Maurienne sur quelques conduites forcées. Sans doute, est-il allé faire des relevés sur des glaciers pour en mesurer le mouvement, cependant nous n’en conservons pas le souvenir.

Pour la grande entreprise de transport routier Bourgey-Montreuil, il est certainement intervenu pour l’implantation des entrepôts ou autres bâtiments. En tout cas, il a fait des travaux dans la propriété privée Bourgey-Montreuil dominant le lac, sur la colline de Tresserve.

Voilà les souvenirs qu’a mon père de travaux réalisés par mon grand-père. On le voit, des chantiers éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres de Chambéry, en montagne souvent. Sa Simca 5 lui a donc rendu d’immenses services, tout comme elle a été mise à rude épreuve sur des « routes » d’accès de chantiers en altitude qui devaient être davantage des pistes que des routes goudronnées.

Pendant la 2e guerre mondiale, nous ne savons pas vraiment ce qu’a vécu mon grand-père. Bien qu’il ait l’âge requis, il ne sera pas mobilisé. Il échappera ensuite à la conscription obligatoire, abandonnée il est vrai, au bout de quatre mois en zone sud suite à des grèves. Il ne participera pas au STO car seuls les jeunes nés entre 1920 et 1922 furent concernés. Apparemment, il travaillait comme géomètre avec son père.

Au cours de cette même guerre, le pont de Thoirette, sur l’Ain, fut dynamité. La route qu’empruntait la famille pour se rendre de Chambéry vers Arinthod (Jura) y passait. Le pont ne fut pas coupé, mais très réduit dans sa largeur, tant que la Simca y passait d’extrême justesse ; mon grand-père au volant s’y faisant guider par son frère Laurent. Par la suite, un bac fut installé pour faciliter la traversée. Dans cette voiture conçue pour deux personnes, s’y logeait parfois d’autres passagers. Ainsi, lors de cette traversée peu commune du pont, en plus des deux frères, s’y trouvait leur femme respective, un tout jeune enfant (mon père) et un chien ! On ne parle même pas des bagages pour ce périple qui, au minimum, correspondait à un séjour de plusieurs jours !

Plus tard, lorsque ma grand-mère et son fils résidait à Longefoy sur Aime, mon père se rappelle d’un épisode lors du retour là-bas, à la fin des vacances de Noël. Mon grand-père ne put jamais les ramener jusqu’à destination et ils durent marcher 4 km, de nuit. En effet, l’hiver, la route entre Aime et Longefoy n’était pas déneigée mais la neige tassée et lissée pour servir de piste de bob. 

à l'intérieur, mon grand-père. sur le porte-bagage, un trépied d'instruments de géomètre.

à l’intérieur, mon grand-père. sur le porte-bagage, un trépied d’instruments de géomètre.

 

 

Publié dans : auto ancienne, blog Simca 5, Simca 5 |le 4 juillet, 2019 |Pas de Commentaires »

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